Après les législatives et les présidentielles : chance ou malheur de la démocratie en RD Congo

"Au lendemain des ces élections, le  pays est comme un bateau abandonné au gré des vagues à l’approche d’un vent violent."

Par: Jean Moreau TUBIBU/ Groupe JEREMIE

Tout semble conduire le peuple à la case de départ

Toute la fièvre a baissé avec la thérapeutique de la proclamation progressive des résultats des élections. Une prévention ! Car la crainte d'une vague d'explosions de rue qui accompagneraient des contestations de ces résultats a pu ainsi être amortie.

Au lendemain des ces premières élections, d'une façon générale, le pays est comme un bateau abandonné au gré des vagues à l'approche d'un vent violent.
Les fraudes et tricheries constatées n'étaient plus à cacher, en dépit des déclarations laconiques de certains officiels de la CENI qui essayaient de colmater les brèches par des « irrégularités ne peuvent pas altérer l'ensemble des résultats des urnes ».

Au Sud-Kivu

La population du Sud Kivu s'y attendait car elle a vécu des scènes inédites de diverses tricheries :la disparition des plusieurs noms des électeurs des listes électorales,la délocalisation inattendue de certains bureaux de vote le jour même du scrutin, le bourrage des urnes, le transport des bulletins de vote dans des véhicules de certains candidats le jour même du scrutin,...
A nos jours, les heureux élus sont vite partis vers Kinshasa, pour la validation de leurs mandats et, comme le disent les « parlementaires debout », appelés pour des débats stériles et le partage des enveloppes « sans appellation précise ». Les électeurs craignent déjà que cette pratique ne devienne comme un cancer, et ne finisse par gangrener l'ensemble des élus, à chaque législature.


Le rôle de l'opposition

D'une part, l'opposition est plus que jamais fragilisée, divisée et elle a déçu les électeurs qui voyaient dans ces élections une véritable sanction négative sur les anciens élus et autres membres de la majorité présidentielle. D'autre part la majorité présidentielle a perdu toute crédibilité étant donné que ce sont ces membres qui ont été, à chaque fois incriminés de la plus part des cas de fraudes.D'aucuns n'hésitent plus à poser le problème de légitimité de l'élection du « raïssi », Joseph Kabila. En tout état de cause, son image en est sortie ternie.

L'opposition a raté une de plus belle occasion, disent certains; d'autres plus sceptiques arguent qu'il n y a jamais eu de véritables opposants en RD Congo. Ils font allusion à Etienne Tshisekedi de l'Union de démocrates pour le Progrès Social (UDPS), « Tshitshi » du temps du régime du Maréchal Mobutu qui ne fait que faire monter les enchères pour continuer à se faire engraisser par des sympathisants étrangers.

Il existe une toute autre classe des citoyens qui, plus optimistes, pensent et espèrent que l'opposition qui apporterait un véritable changement doit, dès maintenant affûter ses armes et stratégies pour gagner les élections de 2016.Cette frange de l'opposition naîtrait des cendres de cette cacophonie de la législature 2011-2016.

Une autre couche, plus radicale, veut trancher que Joseph Kabila court son dernier mandat. Et que trois tentations le taraudent :

- La première tentation est qu'en vertu de la constitution, il ne peut plus briguer un 3è mandat. Il pourrait se plaire à régner sans gouverner pour ainsi laisser aux membres de sa famille politique un temps de « récréation et de se préparer une retraite dorée »... et quoi de plus cynique, un héritage machiavélique comme au temps de Mobutu « après moi, ...pas d'autres présidents », car la RD Congo, à cette allure post électorale, risque de devenir ingouvernable.

- La deuxième tentation, serait celle, en vogue sur le continent dans les années « 80 et 90 », de fomenter ou de faciliter des coups d'état : des scénarii favorables se dessinent un peu partout sur le territoire national. Au palmarès de groupes armés qui écument les provinces de la RD Congo, il n y a que les deux Kasais et le Bandundu qui n'alignent pas encore leurs groupes armés ou rébellions sur les 11 provinces que compte le pays. Sur ce terrain d'aggressivité, les deux Kivu et la province Orientale se rivalisent farouchement.

A première vue ces rebellions amènent la crainte d'une balkanisation du pays mais elles renforceraient la fermeté d'un chef d'Etat qui lutte pour l'unification et la démocratisation du pays. Cette tentation aurait la chance d'appeler et de toucher la fibre sensible, à la fois l'orgeuil et la compassion de la Communauté Internationale qui n'accepterait pas de voir tous ses efforts fournis, pour redresser une RD Congo chancelante, s'annéantir par des aventuriers.

La troisième tentation, jamais deux sans trois, serait, sous la pression des kabilistes, pousser Joseph K. tout simplement à se faire « harakiri » et imposer une ultime retouche de la constitution pour un mandat présidentiel illimité. La première révision a été facile vu la majorité numérique de membres de la famille politique qui siège au sein du Parlement.Rien ne pourrait empêcher un parlement, acquis à sa cause d'agir dans ce sens pour lui plaire. En dépit des articles verrouillés rien ne semble mis sur pieds pour éloigner cette forte envie.

Ce qui se fait à Kinshasa n'intéresse plus le reste de la RD Congo

Plusieurs localités restent sous le contrôle des groupes armés aussi bien nationaux qu'étrangers. L'insécurité a repris de l'ampleur. Le rétablissement de l'autorité de l'Etat n'est plus qu'un vœu pieux. Au Sud Kivu, certains groupes armés naissent (à Uvira, Fizi, les Raiya Mutomboki à Shabunda ... ; d'autres se refont, de loin reviennent les bruits des bottes/godillots du groupe Mudundu 40 dans le territoire de Walungu.

De nombreux cas d'assassinats sont de nouveau signalés, aussi bien à Bukavu qu'à Uvira, Walungu, Shabunda et Mwenga qui sont de grandes agglomérations de la Province du Sud Kivu.L'armée et d'autres services de sécurité se plaignent et semblent incapables, « non motivées » pour maitriser cette situation d'insécurité. Des cas de viols , pillages, et de multiplication des raids des éléments de FDLR et d'autres groupes armés sont devenus récurrents et des déplacements internes endémiques de population font défiler de familles en errance et sans assistance humanitaire. Ce qui fait dire à beaucoup d'activistes des droits humains que la situation sécuritaire reste préoccupante.

La situation sociale reste intenable, les prix des denrées alimentaires de base grimpent au jour le jour, d'une part à cause de la mauvaise gestion d'une nouvelle taxe « TVA » venue d'on ne sait où et d'autres part à cause d'un manque de contrôle de services des affaires économiques qui souffrent d'une hémorragie financière et incapables de maximiser les recettes cueillies de nombreux commerces. L'accès aux soins de santé est difficile et aucune assurance de l'Etat ne permet de couvrir des cautions ou de coûts d'hospitalisation. L'enseignement de base et secondaire reste payé par les parents et l'Université n'est ouverte qu'aux cotoyens nantis.

Et les élections locales?

L'impression générale est que le gouvernement sortant veut profiter jusqu'au dernier penny de cette transition et ne veut pas sortir ! Les mandataires publics, les ministres et gouverneurs qui viennent d'être élus prolongent indéfiniment le délai constitutionnel de HUIT jours avant de se prononcer et démissionner de leurs anciens postes.

Les élections provinciales et locales trainent et dépendent de financement des partenaires exterieurs. Le gouvernement de la RD Congo et la Commission nationale Indépendante(CENI) clament tout haut que l'Etat n'a plus d'argent et que ces élections locales risquent d'être reléguées aux calendes grecques ! Vérité, chantage, ou un simple cache sexe pour couvrir une mauvaise gestion des fonds prévus pour tout le processus électoral dans le budget officiel 2011, due à de multiples improvisations dans les opérations électorales ?

Une fuite en avant de la part du régime, de la majorité présidentielle, peut être ! Essayer de contrer l'opposition ou profiter de l'enlisement et du refus de l'opposition de participer à la législature 2012 – 2016 et par ricocher aux élections provinciales et locales ce qui donnerait les mains libres au président de la République de procéder à la nomination des fidèles du régime.

D'un coup, cette situation sauverait la CENI décriée d'incapable et de complice au régime et le mettrait à l'abri de la foudre de l'opposition et de la population électrice désabusée qui croit qu'on lui a volé son vote. L'Eglise catholique a la force de dire tout haut ce que le peuple se chuchote à l'oreille. Elle a le mérite de réveiller et d'accompagner cette opinion qui demande que la CENI soit restructurée et que soit revue la composition de ses membres. L'Eglise catholique n'est plus la seule à demander que certains membres de la Société civile pilotent cette institution de soutien à la démocratie.

Du côté des radicaux, et ce n'est plus seulement une idée chère aux héritiers de la guerre, un scenario catastrophe s'imaginairait un soulèvement face à ce désespoir qui gagne de plus en plus certains esprits congolais.

Mais la scène pour cette pièce semble impossible, comme qui dirait « Y'a pas Match » faute d'acteurs et de podium.

Certaines pièces maîtresses manquent au puzzle:

- Le manque d'une classe sociale préparée, capable d'organiser des couches des citoyens autour d'un idéal social à défendre ; les syndicats n'existent que de noms, divisés, éloignés, non solidaires et semblent inféodés soit à l'Etat soit aux entreprises qui les dissolvent à une moindre réclamation. Le triste échantillon est illustré par les fédérations syndicales des enseignants qui n'ont jamais réussi une grève synchronisée de portée nationale. Le secteur minier qui serait le puissant acteur mobilisateur des revendications, compte tenu de son apport immense dans l'économie nationale demeure le repère de tous les vautours et charognards qui se recrutent aussi bien au sein des étrangers que chez les nationaux, ne peut donc pas servir de modèle.

- L'Eglise se veut aussi comme un autre élément mobilisateur des aspirations de la population. En RD Congo, il ne faut pas confondre église institution et la Religion. Entre l'une et l' autre, il se dresse un grand fossé. Appartenir à une église ne veut pas dire pratiquer ou fréquenter cette église à proprement parler. Aucune des églises présentes en RD Congo ne saura à elle seule inviter ses fidèles et réussir une marche qui pourrait faire peur au gouvernement en place. Elles sont soupçonnées, à tort ou à raison, de s'aligner derrière une tendance ou un homme politique. Et puis ces églises se rivalisent jusqu'à montrer que les unes se réjouiraient de l'echec de autres et vice versa. Mais une nouvelle donne s'observe, depuis un temps, une répression, un retour sournois d'une dictature qui s'installe pourrait bien jouer dans le « divide ut impera ».

La grande désillusion est venue ce 16 février 2012, par une démonstration des forces de l'ordre qui n'a pas hésité à jeter même des grenades lacrymogènes dans une chapelle catholique à Kinshasa et arrêté à tours des bras des nones et des prêtres. Des « Kuluna » ou bandits de rue de Kinshasa sont même venus prêter mains fortes à la Police nationale pour étouffer la marche en exhibant de grands biceps aux portes des paroisses. Est-ce par crainte de répression que les paroisses catholiques en provinces n'ont même pas osé suivre ce mouvement de la « Marche du 16 février »?

Faudrait –il, alors, aller chercher le salut du côté de la classe intellectuelle, mais hélas c'est là la source des malheurs de tous les Congolais, car elle regorge des élites jouisseurs, non seulement,les plus faciles à corrompre mais aussi et surtout c'est parmi eux qu'on recrute tous les ministres et autres mandataires publics qui font enrayer la machine de l'Etat par des inspirations de réformes sociales sans lendemain. Ils sont aussi les premiers bénéficiaires des contrats léonins qui ne profitent qu'aux seuls dirigeants.

- Les partis politiques ne sont opérationnels qu'à l'approche des échéances électorales, il est très difficile qu'ils sachent dénombrer les vrais membres des opportunistes qui fréquentent leurs « mangeoires publiques » et les rassemblements politiques où se distribuent des francs congolais comme des jetons de présence.

- L'armée serait- elle « la grande muette » ? Les forces armées congolaises(FARDC) souffrent de toute la désintégration sociale et frustration des communautés congolaises : du recrutement à la pelle, brassage et démobilisation (DDRR) ratés jusqu'aux commandements multiples et parallèles à l'intérieur d'une même troupe. Les troupes se mutinent pour d'autres vices (paiement tardif et détournement de la solde des militaires même ceux là qui sont au front et dont les familles vivent dans des taudis infestés).

Bukavu, 29 février 2012