La population est mûre pour la démocratie
Bagenda Balagizi, Secrétaire général du CAB, partenaire de la FONCABA, fait l’état de la situation. La première constatation est qu’« il n’y a plus moyen de rattraper la vérité des urnes ».
Logiquement, la question suivante qui se pose est alors comment mieux organiser les élections locales et provinciales. Quelques réflexions.
On ne pourra plus jamais avoir la vérité des urnes
Tout a été détruit, bricolé, faussé qu'il ne pourra plus être facile de retrouver les traces sur les vrais résultats. Il n'y a aucun intérêt de la part du pouvoir et dela CENI(Commission électorale nationale indépendante) pour trouver encore cette vérité. Car donner les vrais résultats, c'est reconnaître que tout a été faux partout. Ce n'est donc plus réaliste !
La population n'est pas prête pour les élections locales
Il y a tellement de déception et du dégoût que les gens ne voient plus l'intérêt de voter en sachant que des gens qui n'ont pas été votés peuvent être proclamés comme ayant été élus. Et pourtant, l'on a vu, pour cette fois, une forte maturation de la population, une grande mobilisation et un comportement réellement démocratique.
De nouveaux critères sont nécessaires
a) Nouvelle composition de la Commission électorale
D'abord, c'est la réforme de la CENI: un nouveau président, un nouveau bureau, et la possibilité que les représentants provinciaux soient désignés localement sur une liste des personnalités crédibles et neutres, par les partis politiques, le pouvoir et la société civile. Cette CENI révisée doit être retirée de toute tutelle, même financière, de la part du Gouvernement. Elle doit être composée également d’experts étrangers de l'Union Européenne et des institutions spécialisées internationales. La réforme de la CSAC(le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication) et dela Cour Suprême n'est pas nécessaire, ces derniers n'étant que des caisses de résonnance d'une CENI au service du pouvoir et des intérêts dela Majorité. Par contre, un arrêt spécifique doit être pris empêchantla Cour suprême, par exemple, de bloquer des résultats qui seraient pris en toute transparence par la nouvelle CENI.
b) Optimaliser le fichier électoral
Il faudra actualiser les données sur les électeurs, en procédant à la correction du fichier électoral. Au niveau provincial, il existe des données fiables établies par les entités locales (chefferies) qui peuvent servir de base à la délivrance d'une carte d'électeur spéciale et limitée aux seules élections provinciales/locales. Ils connaissent mieux le nombre et la taille de l'électorat au niveau local.
c) Suffisamment de temps pour distribuer le matériel électoral
Il faudra mettre du temps pour la distribution du matériel et vérifier que tout est en place, au moins 15 jours avant les élections.
d) Contrôle des résultats par bureau de vote
Au moment du dépouillement, il faudra établir plusieurs copies des rapports à laisser sur place (une copie pour les partis d'opposition, une copie pour la société civile, une copie pour le représentant local du pouvoir...) avant d'envoyer les résultats d'un bureau vers la compilation. Il faudra donner la possibilité que les résultats des bureaux locaux de dépouillement soient remis au centre de compilation, mais aussi et en même temps à des organes locaux de vérification à mettre en place au niveau de la société civile.
Reconnaissance d’un échec collectif
Tout dialogue actuellement doit aller dans le sens que le pouvoir reconnaisse son échec, quitte à en faire un échec collectif/de toute la classe politique, et d'en tirer les conséquences. Et les conséquences, c'est qu'à défaut de reprendre les élections présidentielles et législatives, les politiques s'engagent à une totale inclusion dans une espère de gouvernement d'union nationale à durée limitée (2 à 3 ans) chargé de préparer de nouvelles élections.
Un tel dialogue requiert la médiation internationale (pas du tout africaine, ou alors les deux ensembles : médiation mixte), avec la participation dela Sociétécivile, parmi ses acteurs les plus crédibles.
Rôle de la Communauté internationale
En définitive, le peuple congolais attend et demande une plus grande implication dela Communautéinternationale dans tout le processus, avant, pendant et après les élections provinciales/locales et toutes les autres prochaines élections. Car le pouvoir congolais a prouvé toute son incompétence et surtout sa volonté grossière d'user de la fraude.
Et à cette communauté internationale, il y a certes l'appui financier nécessaire pour donner à la nouvelle CENI une certaine indépendance par rapport au gouvernement, mais il ya aussi qu'on lui reconnaisse un mandat fort, avec droit de faire partie dela CENI, de contrôler ce dernier et d'assurer le suivi.
Bagenda Balagizi, Secrétaire général du CAB (Comité Anti Bwaki) – Bukavu, janvier 2012