Congo RD: Les défis de la paix, de la gouvernance et de la démocratie

Dans le cadre du projet de "Participation citoyenne et construction de la paix au Sud Kivu", un événement dit "l’apothéose pour la paix" a été organisé le 28 Mars 2013 conjointement par les 4 partenaires de la Foncaba, à savoir APRODEPED, Groupe Jérémie, Juste Cause Congo et RODHECIC. Lors de l’apothéose Madame Annie Bukaraba, Consultante indépendante à Bukavu a été invitée à faire un exposé sur le titre ci-dessus. Selon elle, les germes des conflits se trouvent dans la problématique contextuelle: l’impunité et le régime de protectorat, l’insécurité, la pauvreté, l’exclusion et les manipulations. A la suite de ces constats, elle commence avec une série de questions que tout le monde se pose pour après discerner les défis de la paix. Dans les lignes qui suivent, la Foncaba vous livre des extraits compilés par la FONCABA à partir du rapport d’apothéose de Paul Kabeya, Gestionnaire du projet et chargé des finances RODHECIC.
Les défis de la paix
Les germes des conflits se trouvent dans la problématique contextuelle: l’impunité et le régime de protectorat, l’insécurité, la pauvreté, l’exclusion et les manipulations. Madame Annie Bukaraba se demande si après les conflits, la réconciliation peut se fonder sur l’oubli.
Est-ce que les acteurs des massacres, des pillages et des viols et violences sexuelles doivent rester impunis? Cette impunité ne va-t-elle pas porter des germes de résurgence des conflits ? Comment séparer justice et vengeance ? Est-ce que le processus judiciaire constitue un moment d’éducation populaire à la paix ? Quels rapports entre justice et pardon, entre justice et réconciliation ? Comment atteindre réellement les principaux auteurs? Comment sanctionner la complicité active ou passive, par intérêt géopolitique ou inconscience de certains gouvernements étrangers dans la mise en place des conditions psychologiques et matérielles du conflit?"
Madame Bukaraba fait d’abord le constat que dans la région, au Sud-Kivu en particulier: "Tout le monde parle de la paix, plusieurs s’investissent dans la recherche de solutions aux conflits mais l’on ne s’accorde pas sur les causes réelles des principaux conflits avant de tenter de les gérer." Elle évoque la pauvreté qui progresse à des allures inquiétantes et pousse même des enfants à s’enrôler dans des groupes armés. Elle a montré le lien entre les conflits et la pauvreté, et inversement, le lien entre la paix et le bien-être en soulignant les difficultés de revendiquer ses droits dans un contexte de guerre. Pour elle, ce projet de "participation citoyenne et de construction de la paix au Sud Kivu" est important du fait que quatre organisations ont travaillé ensemble. D’après Mme Annie Bukaraba, au Sud-Kivu, il existe des personnes qui peuvent contribuer à la transformation sociale. Mais, il y a de nombreux défis et l’impact peut paraître inexistant. C’est important de s’accrocher aux petites victoires des prises de conscience car l’acquisition des droits est une lutte permanente.
Le défi-jeunesse
De nombreux jeunes sans emploi ni perspective économique, connaissent une dérive des valeurs. Il ne peut y avoir de paix sans projet constructif qui intègre les jeunes avec leurs espérances. Comment leur donner des perspectives, les mettre dans une dynamique de projets, pour les empêcher de succomber facilement aux sirènes des antivaleurs, de la haine ? Quelles réformes introduire dans le système éducatif, dont l’échec est patent ? Comment construire avec eux un nouveau pays?"
Les défis de la gouvernance
La restauration de l’Etat miné par le clientélisme, la bureaucratie, la centralisation, la corruption est une nécessité. "L’organisation des élections locales/générales, et la décentralisation comme mode de gestion de proximité, ainsi que la répartition équitable des ressources doivent être suivies." A ce sujet, Madame Bukaraba a émis le vœu de voir une interdépendance stratégique et une inter-influence entre les gouvernants et les gouvernés. Les frictions et le manque de communication ne font qu’entretenir les conflits. Comme entre autres défis liés à la gouvernance, la redevabilité doivent être le fondement des cahiers de charge des populations à soumettre aux gouvernants. La traçabilité des ressources naturelles au profit de la population en sera un autre.
La démocratie n’est pas nécessairement l’unanimité´
La démocratie est un long et sévère apprentissage. Elle ne doit pas se limiter aux élections. Plusieurs citoyens congolais continuent à penser que la gestion de l’Etat est l’affaire de certaines personnes à qui on doit obéissance. Cela bloque le chemin à la culture de participation citoyenne. "Plusieurs personnes, y compris certains dirigeants congolais, croient que la démocratie c’est nécessairement l’unanimité. Pourtant, les positions différentes et regardées comme inconciliables peuvent être conciliées si les acteurs décident de privilégier l’intérêt général. La démocratie c’est aussi l’intégration des différences et des diversités en les considérant comme une richesse qu’on doit tolérer et entretenir au lieu de les combattre. La démocratie n’est pas l’improvisation : même là où on pense qu’elle se porte bien, les gens évitent d’improviser, on se prépare ou on se fait préparer à exercer des fonctions publiques. C’est l’impréparation qui expose au danger de monnayage des scrutins par certains politiciens véreux qui exploitent l’ignorance et la pauvreté de plusieurs couches de la population."
Au-delà des pièges de la pauvreté
Madame Annie Bukaraba affirme que la pauvreté est un défi terrible pour la paix. Elle informe que "selon le PNUD, le nouveau nom de la paix, c’est le développement. C’est pour cela que pour relever ce défi, il faut regarder au niveau des groupes armés, au niveau des violences du ‘genre’, au niveau de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique, etc. Elle poursuit en invitant à la participation citoyenne. Mais, il faut disposer des cahiers des charges de la base et ne pas improviser. En conséquence, il faut se préparer au processus de décentralisation pour aller au-delà du projet. La société civile doit avoir un critérium de compétences dans le développement des jeunes et des femmes afin de pallier aux attitudes inciviques qui surviennent avant, pendant et après les élections. Madame Annie Bukaraba a stigmatisé la fatalité traduite par le pessimisme, les divisions, les attitudes inciviques justifiées à tort par la pauvreté d’une couche de la population. Ainsi par exemple, lors des campagnes électorales, une bonne partie de la population s’est laissée "acheter" en acceptant des choses et de l’argent pour donner sa voix aux candidats. Après la proclamation des résultats, "la déception est grande et libère sa place au pessimisme. C’est dangereux!" C’est donc important de continuer les sensibilisations et en même temps autonomiser la femme (la majorité d’électrices).
Face à ces différentes réalités, Mme Annie Bukaraba croit aux capacités de la société civile de surmonter les pièges. En dépit des contraintes d’ordre financier et organisationnel, la société civile dispose de certains atouts comme le partenariat avec le nord, le réseautage, l’expertise, la crédibilité dont elle jouit à beaucoup d’endroits.
Les défis des synergies de la société civile
La société civile peut encore faire bouger la population congolaise et la conduire vers une appropriation effective de son pouvoir. Elle devra rayonner davantage pour atteindre un plus grand nombre de personnes. La société civile doit faire des recherches sur les causes profondes des conflits au Sud-Kivu et en RDC en général. Elle doit renforcer ses membres dans la conception de plans d’action, e.a. en vue d’établir aux côtés des populations des cahiers de charges à soumettre aux dirigeants. Elle doit être renforcée en matière d’éducation civique et de la canalisation des informations auprès des medias, ainsi que dans le domaine de l’exploitation ou d’extraction des ressources naturelles en vue de la traçabilité.
Enfin, les membres de la société civile doivent "collaborer avec les dirigeants, non dans le sens de se laisser inféoder mais plutôt pour tracer des politiques et des mécanismes de mise en œuvre de ces dernières qui visent les intérêts du peuple congolais." Madame Annie Bukaraba invite à anticiper les événements par des analyses de contexte et réfléchir sur les voies de sortie. Travailler en synergie avec une logique de valorisation des compétences locales tant masculines que féminines est une force. Elle conseille de développer des stratégies communes de dénonciation et de plaidoyer avec des propositions de voie de sortie et d’intégrer dans les programmes respectifs la gestion basée sur les résultats. Elle termine par une appréciation positive de "l’expérience des quatre partenaires de ce projet de participation citoyenne et de construction de la paix est à démultiplier au Sud-Kivu."