L'engagement de la jeunesse dans la transformation des conflits
La paix est une condition pour un développement durable. Tout citoyen porte une responsabilité et les jeunes aussi, ont un rôle important à jouer dans la restauration de la justice au sein de leurs familles, de leurs écoles, des groupes d'amis et des communautés.
Jean-Baptiste Mulengezi (Groupe Jérémie) a rassemblé plusieurs exemples d'interventions de jeunes dans leurs milieux, qui montrent la force d'une jeunesse bien encadrée: une révision des frais scolaires, l'exclusion d'une élève révoquée et un usage partagé de l'électricité à l'université ...
Les atouts de la jeunesse
D'abord parce qu'en tout lieu et tout temps, la jeunesse constitue la source de renouvellement des nations et le vivier des cadres dirigeants de l'avenir. Bien préparée, elle peut servir d'acteurs à mettre au service des autres pour répandre la culture de la dignité humaine sans discrimination aucune.
Ensuite, la jeunesse dispose de nombreux atouts : les jeunes sont numériquement importants, ils sont dynamiques, actifs et possèdent une forte capacité de mobilisation. Mais, la jeunesse combine aussi la naïveté et l'ambition. Naïfs à cause de l'ignorance, ce qui fait qu'ils sont manipulables à gré. Ambitieux car ils convoitent un avenir radieux, rose. C'est justement ce dynamisme, cette capacité de mobilisation, cette naïveté et cette ambition qui sont exploités malicieusement par les pyromanes et les seigneurs des guerres ainsi que les politiciens en utilisant les jeunes comme instruments de violence, comme machine à tuer et à violer ou comme propagandistes en leur faisant miroiter un lendemain meilleur. Mais dans bien de cas, ils déchantent et se retrouvent plutôt victimes de leur propre naïveté. Cette faiblesse risque évidemment de faire apparaître les jeunes comme des partenaires peu sûrs, moins crédibles et sans cesse corvéables. Pourtant, 'qui veut la paix, prépare la jeunesse'.
Les quelques résultats ci après réalisés par les jeunes dans leurs milieux constituent des changements qui témoignent de cet éveil des consciences et de la capacité des jeunes à participer à la transformation positive de leurs entités. Ce sont des petites victoires qui témoignent qu'un autre Congo est donc possible.
La révision des frais scolaires
Le 4 Avril 2009, les élèves de l'Institut Monseigneur Mulindwa, mécontent de ce qu'ils qualifient d'augmentation unilatérale de la contribution des parents à 'la prime du 3ème trimestre accordée aux professeurs', ont organisé une marche de protestation dans les rues de la ville de Bukavu. Les médias ont fait large diffusion de leur marche. Le 7 avril, les élèves du Club des Droits de l'Homme (CDDH) se sont réunis dans le but surtout d'évaluer cette marche. Cette séance les a aidés à analyser la marche sur le plan moral, civique et légal pour enfin en tirer des leçons pour l'avenir. La direction de l'école était arrivée à reconnaitre le vice de procédure qui entachait sa mesure, qu'elle décida de l'annuler. Les manifestants ont regretté de pas avoir épuisé d'abord toutes les voies de dialogue et de négociation.
Participation à l'élaboration du règlement d'ordre intérieur grâce à Gandhi
Le Lycée Mapatano de Bukavu organise aussi un club des droits de l'homme. Fiers de cette citation de Mahatma Gandhi, eue au cours du peace camping de 2011 dans le thème sur la participation citoyenne : "ce que vous faites pour moi sans moi est contre moi", les élèves de cette école ont refusé en septembre 2011 d'appliquer un règlement qui ne les a pas associés à son élaboration. Le préfet l'affichera en invitant les élèves à faire des propositions. Surpris agréablement par les propositions des élèves, l'autorité de l'école est devenue plus coopérante avec les élèves qu'auparavant, car elle croyait que les élèves proposeraient des légèretés dans les sanctions à appliquer.
Actions suite à l'exclusion d'une élève
L'Institut de Bagira est une école non conventionnée de la ville de Bukavu. En mars 2011 le conseil de discipline exclu une élève enceinte. Le règlement est clair au sujet des cas de grossesses. Un mois après, l'élève accouche. Elle restera en famille durant jusqu'en août où elle reviendra comme tous les nouveaux pour se faire réinscrire en 5 ème année. A la rentrée, la fille comme tout le monde arrive et entre en classe. Mais, au troisième jour, le préfet, sans réunir le conseil de discipline décide verbalement de chasser cette élève pour le même motif. C'est alors qu'interviennent les élèves du club des droits de l'homme (CDDH), venus remettre leur rapport des travaux du peace camping d'été au préfet. Ils en profitent pour protester contre l'exclusion injuste de leur collègue en se référant à la loi sur la protection de l'enfance qu'ils avaient encore frais en mémoire parce qu'ils ont eu à la décortiquer suffisamment en atelier lors du peace camping. Un échange bien argumenté s'engage entre le comité du CDDH et le préfet. Visiblement le préfet ignore ladite loi. Ils annoncent au préfet d'entreprendre des actions de protestation, si dans les deux jours qui suivent leur collègue n'est pas remise dans ses droits. Les élèves partis, le Préfet fera appel à l'enseignant encadreur du CDDH pour avoir le texte de la dite loi. Le préfet ira coopérer avec la famille de la fille en sollicitant lui même l'inscription de la victime auprès d'une école voisine. L'affaire s'est ainsi dénouée mais le préfet est resté éberlué par ces élèves qui petit à petit font prendre conscience des agissements.
Sensibilisation au processus électoral de 2011
La période électorale en RD Congo est une période où les candidats, au lieu de convaincre leur électorat avec des projets de société ou avec ce qu'ils ont réalisé en tant qu'anciens élus, viennent plutôt avec de l'argent, des habits et organisent des mangeoires publics pour corrompre l'électorat et court-circuiter les candidats sans moyens matériels ad hoc. Lors du peace camping de l'été 2011, les élèves campeurs ont élaboré à l'intention de la population une série des questions à poser aux différents candidats afin d'apprécier leur degré d'engagement et leurs capacités à représenter la population. Ces questions ont été récupérées par les différentes radios et balancées dans les médias pour atteindre plus de populations en vue de la sensibilisation.
Le chemin d'un conflit 'électrique' vers un match de football
En 2010 les étudiants de L'ISTM (Institut Supérieur des Techniques Médicales) et l'UCB (Université Catholique de Bukavu), qui disposent des campus sur un même site, se sont empoignés pour une question d'électricité, cette denrée rare que la SNEL interrompt à gré. La bagarre a commencé entre deux étudiants pour une affaire de réchaud mais par solidarité aveugle, elle entraîna une vague de violence entre les étudiants. Ceux de l'ISTM, se considérant propriétaires de la cabine électrique, couperont le courant à ceux de l'UCB, pourtant en session. C'est ici que commencera le travail (contacts) des anciens élèves des CDDH. Ils organiseront une rencontre de médiation entre les étudiants protagonistes de la bagarre et ils y associeront les collèges respectifs des étudiants de ces 2 institutions qui statueront sur les stratégies pour sortir de la crise. Pour couronner la médiation, un match de football public faisant valoir leur 'fair play' et la réconciliation a été organisé entre les étudiants, à l'issue duquel un '3ème mi temps' a véritablement scellé la réconciliation. Le même jour, le courant a été remis aux étudiants de l'UCB.
C'est fort de cette action réussie qu'ils ont crée l'association "Restore Hope in Africa". Une autre action qu'ils ont en vue est l'humanisation de la bleusaille, cette cérémonie d'initiation à la vie universitaire à chaque rentrée académique qui s'est déjà transmué en traitement cruel, inhumain et dégradant auquel se livrent certains étudiants vis-à-vis des nouveaux qu'ils appellent bleus.
Jean Baptiste Mulengezi, secrétaire exécutif du Groupe Jérémie, Bruxelles, le 20 juin 2012
Groupe Jérémie - Bukavu (Sud-Kivu)
Le Groupe Jérémie veut constituer un leadership cohésif et participatif de la jeunesse par la promotion de la culture de la paix et des droits de l'homme. Durant les vacances, il organise des ' camps de paix'' pour jeunes. L'organisation sensibilise les autorités en matière des droits humains et informe la population sur ses droits et ses obligations civiques. Le Groupe Jérémie travaille d'une part avec 23 noyaux villageois composés de 1160 membres et d'autre part de 25 clubs des droits de l'homme (de 50 membres par club) d'écoles secondaires.






