Que pensent les Congolais après les elections?
A l'occasion des élections en RD Congo le 28 novembre 2011, quelques organisations partenaires se sont mises à l'écoute de citoyens congolais. Que pensaient-ils du processus électoral? Qu'espéraient-ils? Quels changements attendaient-ils?
Trois mois après les élections, le partenaire JCC (Juste Cause Congo) de Bukavu s'est rendu à nouveau dans la rue pour écouter ce que les Congolais estiment nécessaire pour que le Congo puisse sortir de la situation incertaine de l'après-élections.
Nous devons obliger les autorités à donner les vrais résultats des urnes. La communauté internationale devrait faire pression afin que la vérité éclate au lieu de couvrir les tricheurs et de ne voir que ses propres intérêts. Les femmes auraient pu jouer un rôle pour changer notre société, mais elles ne sont pas unies. Quant à la diaspora, elle aurait pu jouer un rôle de médiateur, mais ces gens sont pour la majorité des fauteurs de troubles. Aujourd'hui je n'ai pas d'espoir que quelque chose ne change.
Jean (43), chômeur, Bukavu
Il faut que la vérité des urnes soit connue pour qu'un gouvernement qui jouit de la confiance du peuple puisse être mis en place. Mais il n'y a pas d'espoir que cela se fasse. Il y a d'une part des politiciens arrogants et orgueilleux de leur victoire volée au peuple et d'autre part les aigris. La Communauté internationale est le meilleur arbitre dans le conflit congolais. Elle est capable de sanctionner ou isoler les tricheurs. Cela est possible si elle se range du côté du peuple. La société civile peut jouer un rôle important dans la sensibilisation des masses, du moins si elle ne se laisse pas corrompre. Les femmes, elles, doivent se serrer les coudes. Elles constituent une force devant participer à la gestion du pays. Ne serait-il pas bon que les grands de ce monde fassent un plan de paix pour le Congo ?
Dieudonné (37), enseignant, Kavumu
Il est souhaitable de mettre en place un gouvernement d'union nationale qui va organiser les élections dans un délai raisonnable. Aujourd'hui je n'ai pas beaucoup d'espoir, parce que institutions en place sont corrompues. La femme qui est mère de la nation devrait tout faire pour éduquer la population. En famille le rôle de la mère doit être très remarquable pour un civisme idéal. La communauté internationale doit aider le Congo en travaillant avec les institutions issues du choix de la population. Les amis de la diaspora congolaise doivent faire le lobbying auprès des pays hôtes d'aider pour la construction d'une nation et un état de droit.
Paul (48), enseignant, Kashusha
Je pense qu'il faut réorganiser les élections pour avoir un gouvernement responsable. Aujourd'hui nous avons les mêmes démagogues qui sont au premier rang. La société civile doit jouer son rôle parce qu'elle est formée par le peuple apolitique. La communauté internationale doit aider les gouvernants à agir en responsables en observant les lois. Les gens de la diaspora devraient nouer des relations et faire du lobbying au profit de tous les Congolais. Ceux-ci doivent chercher à s'auto prendre en charge et à avoir le souci de la communauté.
Jean de Dieu (38), agriculteur, Mushinga
Il faut que les élus prennent leurs responsabilités au niveau du sommet de l'Etat, que les nouvelles institutions soient mises en place et que les intérêts du souverain primaire soient placés au premier plan. Aujourd'hui, la population semble se résigner. Des organisations de la société civiles peuvent porter un changement si elles évitent d'être partisanes et sentimentales. Je pense que les femmes ont un grand rôle à jouer en tant que conseillères et actrices pour la construction d'un Congo véritablement démocratique où les valeurs familiales basées sur l'amour, la fraternité, le genre et l'altruisme surabondent.
Joséphine (49), avocat, Bagira
Il faut absolument écarter les dirigeants passés par la fraude des urnes et maintenir les dirigeants élus ou cooptés sans casier judiciaire chargé. Il faut dénoncer à haute voix les injustices que subissent gratuitement les Congolais. J'ose espérer que l'opposition ait un esprit vraiment patriotique en émettant des critiques constructives. J'espère aussi que les élections provinciales et municipales se fassent dans la transparence. J'attends de la société civile qu'elle dénonce les abus constatés, à condition qu'elle jouisse de la liberté d'expression. Les femmes doivent prendre conscience qu'elle sont des partenaires égaux aux hommes congolais et qu'elles doivent combattre pour les intérêts du pays.
Amélie (50), animatrice de développement, Comuhini
Je pense qu'il mettre en place un gouvernement de transition pour refaire rapidement les élections, car la situation actuelle s'empire. Il serait bon que les mamans se manifestent en faisant des marches de colère à cause des tricheries innombrables. Quant à la communauté internationale, qu'elle fasse pression sur les dirigeants actuels.
Jean-Pierre (40), maçon, Bagira
Nous Congolais, il faudra que nous soyons vaillants pour refuser la tricherie. Il y a espoir de libérer la démocratie car l'opposition dit non à la dictature. Les femmes sont une force mais aujourd'hui, elles ne peuvent rien faire, quand la démocratie est en panne. J'ai un peu perdu confiance dans les organisations de la société civiles parce que leurs membres ont participé à la tricherie comme responsables de bureaux de vote. Moi-même j'essaie de vivre la paix dans mon milieu.
Nicolas (51), soudeur, Mukama
Les hommes politiques (majorité et opposition) doivent se mettre autour d'une même table et réfléchir sur les voies de sortie de cette crise et sur le développement du pays. Beaucoup de personnes pensaient qu'il y aurait des troubles après les élections, mais le peuple congolais a compris que la force ne peut rien arranger. Concernant le rôle des femmes, comme elles constituent plus de 55% de la population, leur implication pourrait donner « un ouf » de soulagement. Quant à la communauté internationale, ses efforts seront sans effets, tant que les Congolais ne seront pas conscients de la situation de leur pays. Personnellement, je lutte contre les antivaleurs où je me trouve et je conscientise mes proches pour un engagement individuel dans le développement du pays.
Lucien (56), agronome, Panzi





