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La démocratie n’est pas nécessairement l’unanimité´

6 Karibu 150 Urnes  KinLa démocratie est un long et sévère apprentissage. Elle ne doit pas se limiter aux élections. Plusieurs citoyens congolais continuent à penser que la gestion de l’Etat est l’affaire de certaines personnes à qui on doit obéissance. Cela bloque le chemin à la culture de participation citoyenne. "Plusieurs personnes, y compris certains dirigeants congolais, croient que la démocratie c’est nécessairement l’unanimité. Pourtant, les positions différentes et regardées comme inconciliables peuvent être conciliées si les acteurs décident de privilégier l’intérêt général. La démocratie c’est aussi l’intégration des différences  et des diversités en les considérant comme une richesse qu’on doit tolérer et entretenir au lieu de les combattre. La démocratie n’est pas l’improvisation : même là où on pense qu’elle se porte bien, les gens évitent d’improviser, on se prépare ou on se fait préparer à exercer des fonctions publiques. C’est l’impréparation qui expose au danger de monnayage des scrutins par certains politiciens véreux qui exploitent l’ignorance et la pauvreté de plusieurs couches de la population."

Au-delà des pièges de la pauvreté

Madame Annie Bukaraba affirme que  la pauvreté est un défi terrible pour  la paix. Elle informe  que "selon le PNUD, le nouveau nom de la paix, c’est le développement. C’est pour cela que pour relever ce défi, il faut regarder au niveau des groupes armés, au niveau des violences du ‘genre’, au niveau de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique, etc. Elle poursuit en invitant à la participation citoyenne. Mais, il faut disposer des cahiers des charges de la base et ne pas improviser. En conséquence, il faut se préparer au processus de décentralisation pour aller au-delà du projet. La société civile doit avoir un critérium de compétences dans le développement des jeunes et des femmes afin de pallier aux attitudes inciviques qui surviennent avant, pendant et après les élections. Madame Annie Bukaraba a stigmatisé la fatalité traduite par le pessimisme, les divisions, les attitudes inciviques justifiées à tort par la pauvreté d’une couche de la population. Ainsi par exemple, lors des campagnes électorales, une bonne partie de la population s’est laissée "acheter" en acceptant des choses et de l’argent pour donner sa voix aux candidats. Après la proclamation des résultats, "la déception est grande et libère sa place au pessimisme. C’est dangereux!" C’est donc important de continuer les sensibilisations et en même temps autonomiser la femme (la majorité d’électrices).

Face à ces différentes réalités, Mme Annie Bukaraba croit aux capacités de la société civile de surmonter les pièges. En dépit des contraintes d’ordre financier et organisationnel, la société civile dispose de certains atouts comme le partenariat avec le nord, le réseautage, l’expertise, la crédibilité dont elle jouit à beaucoup d’endroits.

Les défis des synergies de la société civile

8 Karibu 50 Synergies socit civileLa société civile peut encore faire bouger la population congolaise et la conduire vers une appropriation effective de son pouvoir. Elle devra rayonner davantage pour atteindre un plus grand nombre de personnes. La société civile doit faire des recherches sur les causes profondes des conflits au Sud-Kivu et en RDC en général. Elle doit renforcer ses membres dans la conception de plans d’action, e.a. en vue d’établir aux côtés des populations des cahiers de charges à soumettre aux dirigeants. Elle doit être renforcée en matière d’éducation civique et de la canalisation des informations auprès des medias, ainsi que dans le domaine de l’exploitation ou d’extraction des ressources naturelles en vue de la traçabilité.

Enfin, les membres de la société civile doivent "collaborer avec les dirigeants, non dans le sens de se laisser inféoder mais plutôt pour tracer des politiques et des mécanismes de mise en œuvre de ces dernières qui visent les intérêts du peuple congolais." Madame Annie Bukaraba invite à anticiper les événements par des analyses de contexte et réfléchir sur les voies de sortie. Travailler en synergie avec une logique de valorisation des compétences locales tant masculines que féminines est une force. Elle conseille de développer des stratégies communes de dénonciation et de plaidoyer avec des propositions de voie de sortie et d’intégrer dans les programmes respectifs la gestion basée sur les résultats. Elle termine par une  appréciation positive de "l’expérience des quatre partenaires de ce projet de participation citoyenne et de construction de la paix est à démultiplier au Sud-Kivu."