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50 ans d'indépendance du Burundi: un bilan
Le Burundi a fêté le 50ème anniversaire de son indépendance. Le peuple était mobilisé et les chantiers dans divers secteurs avaient été initiés pour se préparer à la célébration de cet événement avec pompe, se réjouissant des réalisations concrètes que le peuple Burundais a ou aura effectuées. Pour Frédéric Njebarikanuye de CEAL, partenaire de la FONCABA, un tel événement est une occasion de faire un bilan pour préparer un avenir meilleur.
En 50 ans
Depuis son indépendance, le Burundi a traversé beaucoup de péripéties et des pages noires. A peine un mois après les élections démocratiques du 18 septembre 1961 que le parti UPRONA du Prince Louis Rwagasore a gagnées, celui-ci a été assassiné. Les gestionnaires de haut niveau de l'état se sont déchirés. Des pouvoirs dictatoriaux dirigés par une oligarchie militaire et civile se sont érigés. Ils se sont succédés en instituant des systèmes divisionnistes et en réalisant des massacres ethniques à grande échelle. Les Burundais gardent en mémoire l'assassinat du dernier mwami Ntare V comme événement déclencheur du génocide des hutus en 1972. Notons aussi l'exclusion sur base ethnique de la gestion des affaires du pays, l'assassinat de Melchior Ndadaye en 1993, le premier Président démocratiquement élu, et ses collaborateurs, la guerre civile de dix ans jusqu'au cessez le feu de 2005. Les souffrances ont été énormes. Il a fallu en l'an 2000 les négociations d'Arusha de "paix et de réconciliation" pour remettre le pays sur la voie de la démocratie. Progressivement une nouvelle nation se construit.
Les réalisations
Au cours de ces 50 ans, malgré les difficultés que le pays a traversé, le pays a posé un pas en avant dans le développement dans tous les secteurs de la vie nationale. Beaucoup d'écoles primaires et secondaires, et des universités ont été construites, surtout au cours des dernières années. Chaque enfant peut maintenant accéder à l'enseignement. Des dispensaires et des hôpitaux ont été construits. Des routes ont été développées. Concernant le secteur énergétique, pas mal de barrages électriques ont été construits mais ils sont encore insuffisants. Des entreprises et des industries de production ont été multipliées.
Au point de vue politique, on est sur la bonne voie puisque les réformes des institutions ont été effectuées, pour donner la chance à toute fille et fils du pays sans exclusion ethnique ou régionale. Petit à petit, la démocratie a repris sa place bien que les difficultés ne manquent pas. La cohabitation pacifique entre les différentes ethnies au Burundi est aujourd'hui sur la bonne voie.
Les défis
La pauvreté grandissante de la population et du pays en général est un blocage pour le développement intégral. Tant que le pays restera les mains tendues pour survivre, sa souveraineté sera toujours mise en cause puisque les puissances étrangères qui le financent auront tendance à imposer leur politique et leurs intérêts sans tenir compte des intérêts et des besoins réels du peuple Burundais. En outre, le chômage qui augmente reste un élément dangereux pour la sécurité de la population.
Le manque de patriotisme chez nos politiciens et chez certains hommes et femmes de la Société civile et des médias fait que notre pays marche au pas de tortue dans l'instauration de la stabilité politique.
Les valeurs démocratiques ne sont pas encore bien intériorisées par la majorité des Burundais, en particulier, par nos politiciens qui prennent la démocratie comme un slogan.
La question d'ethnie risque de se resurgir puisqu'il y a les nostalgiques du passé qui ne veulent pas le changement. Chaque fois qu'on parle des réformes ou de réinstallation des sinistrés et des rapatriés dans leurs droits, ces nostalgiques du passé brandissent le registre ethnique pour contrecarrer les initiatives de réconciliation tout en cherchant à se rallier les sympathies de la communauté internationale.
La corruption, les malversations économiques et le clientélisme dans les structures de l'Etat et des organisations de la société civile risquent de devenir structurelles et replonger le pays dans de nouvelles violences.
Les perspectives d'avenir
Partant du bilan de ce 50ème anniversaire de l'indépendance, il nous revient de projeter les bases fiables pour un Burundi nouveau paisible et prospère.
Au niveau social, il faudra bannir à jamais les idéologies ethniques dans notre pays. Nous venons de voir où elles nous ont amenés. Le patriotisme de nos ancêtres, l'unité et la cohésion sociale seules feront que notre pays soit développé et respecté par d'autres nations. Il faudra ensuite lutter contre l'exclusion et les injustices sous toutes ses formes soit-elle dans la gestion de la chose publique et dans la vie courante puisque ces virus ont conduit le pays à la catastrophe.
Au niveau économique, le gouvernement devra prendre des mesures concrètes et réalisables pour promouvoir la croissance économique. L'installation d'autres industries, des entreprises de production, en facilitant les entrepreneurs privées, permettrait de créer l'emploi et de lutter contre le chômage. Il est nécessaire que le gouvernement s'investisse dans le secteur de l'agriculture et de l'élevage (occupant 90% de la population) pour accroitre la production agricole, combattant ainsi la famine qui menace cycliquement la population. Les Burundais auront à s'approprier des techniques d'exploitation de notre sous sol au lieu de faire recours toujours aux étrangers.
Au niveau politique, nous devons consolider la démocratie, la bonne gouvernance et l'Etat de Droit. Nos politiciens doivent cesser de prendre la politique comme une source d'enrichissement. Un politicien authentique ne va pas en politique pour le seul but de chercher de l'argent, des richesses et des honneurs. Il est choisi pour défendre les intérêts supérieurs de la nation. C'est pour cette raison qu'il évite toute forme de violence dans sa démarche de la conquête du pouvoir. Dans la démocratie, la conquête du pouvoir se fait sur base des projets de société logiques, cohérents, réalistes, et non des démagogies.
Quant aux gérants des affaires de la chose publique, qu'ils sachent qu'ils ne gèrent pas leur propre propriété. Le pays nous appartient tous. Ils doivent travailler pour l'intérêt de toute la nation. La lutte contre la corruption, la lutte contre le détournement des biens publics et les malversations économiques dans tous les secteurs, devront être un mot d'ordre et un mode de vie de tout dirigeant mais aussi de tout citoyen. Ils doivent éviter le clientélisme et l'exclusion pour ne pas faire retourner le pays dans les violences. Le gouvernement doit assurer la sécurité pour tous et garantir les droits de l'homme.
Enfin, la justice, dans toute son indépendance, doit traquer tout corrompu et tout semeur de troubles de quel rang soit –il, sans faut fuyant.
L'avenir du Burundi dépendra de la réussite de la réconciliation nationale et de l'implantation d'une culture et des mécanismes de protection des droits de l'homme. C'est pourquoi il faut travailler à la consolidation de la paix et la prévention de conflits à long terme. Pour cela, nous devons constituer un leadership de la jeunesse responsable et respectueux des valeurs. Il est nécessaire de renforcer les capacités de la jeunesse au respect des droits humains, à l'éducation aux principes démocratiques, en mécanismes de construction de la paix, de prévention et de gestion pacifique des conflits.
Nous fêtons donc ces 50 ans d'indépendance avec détermination et espoir que le pays ne revivra jamais les péripéties malheureux qu'il a vécu.
Frédéric Njebarikanuye, Bujumbura, juillet 2012





