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Burundi: La représentation de la femme dans les instances de prise de décision

140701 Femme lve doigtEn donnant la possibilité aux cadres africains des organisations de la société civile d’améliorer leurs compétences, la FONCABA contribue à construire une société où toute personne est respectée dans son identité propre et où la femme a les mêmes chances que l’homme.

La FONCABA est convaincu que l’"empowerment" de la femme contribuera significativement à la transformation communautaire. Pour cette organisation, la formation de leaders féminins est une priorité.

Une tradition et une instabilité qui donnent peu de place à la femme...

Dans la tradition burundaise, la femme est un être humain que Dieu crée pour le plaisir de l’homme, pour l’accompagner, lui faire des enfants, lui obéir aveuglement et pour exécuter les travaux  ménagers et champêtres. Jusque très récemment, la femme n’avait pas le droit à la terre et à l’héritage de ses parents. Elle était exclue dans les institutions traditionnelles. Elle devait porter en grande partie tous les malheurs de la famille.

La récente guerre civile a créé des malheurs à toute la population et a exacerbé  le sort de la femme avec l’augmentation de la violence sexuelle, l’augmentation du nombre de femmes chefs de ménage due en grande partie au veuvage, de la pauvreté, des déplacements et regroupements massifs et forcés des populations vers les camps de fortune, les problèmes de santé, la féminisation du VIH/Sida, etc. Douze ans après la fin de la guerre civile et malgré les efforts et les politiques en cours, certaines de ces conséquences ne sont pas encore entièrement éradiquées.


Une représentation féminine en croissance depuis la fin de la guerre civile

Lors de la première législature, une femme avait été nommée à la deuxième vice-présidence à deux reprises. Peu  près, cette pratique s’est estompée.

Le Burundi semble décidé à améliorer les rapports homme-femme dans l’arène politique. Ainsi, la constitution de 2005 fixe à au moins 30% la représentation féminine à l’Assemblée nationale et au Sénat. Des politiques qui sont élaborées tiennent compte de la volonté d’améliorer le sort de la femme. Il s’agit entre autres de la Politique Nationale Genre (2012-2025), du Guide d’intégration du genre dans le Programme Nationale de réforme de l'Administration Publique (PNRA), de la création du Ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la Personne Humaine et du Genre, de la prise en compte du genre comme conditionnalité des partenaires du pays pour leur aide au développement, etc.

Les résultats des élections de 2010 ont consacré la présence féminine à hauteur de 32% à l’Assemblée Nationale, 46% au Sénat et 32% dans les conseils communaux. Il faut également noter que la femme est présente dans le gouvernement à hauteur de 38%.

Depuis lors, le Burundi s’est hissé parmi les 5 meilleurs élèves africains au niveau de la présence de la femme au parlement. Actuellement, il est parmi les 5 premiers avec l’Angola (38%), le Mozambique (39%), l’Afrique du Sud (44%), et le Rwanda (56%).

Mais, la représentation de la femme reste faible dans plusieurs secteurs du pays, en particulier à l’armée, dans l’administration publique et les entreprises.


Déployer les efforts jusqu’à la base

Malgré cet avancement, ces efforts ne sont pas encore visibles au niveau de la base. En effet, selon une étude de l’Observatoire de l’Action Gouvernementale (OAG) citée par la COSOME (Coalition de la Société Civile pour le Monitoring Electoral) intitulée "Analyse de l’implication de la femme dans la prise de décision au niveau local", la femme occupe seulement 2% des 129 présidences des conseils communaux du pays. Les femmes chefs de collines représentent 5%; les chefs de zone sont à 8% et 4% sont alloués aux femmes conseillers techniques. La femme occupe 26 % des directions d’écoles primaires et 7% des directions des collèges. Il n’existe pas encore de femme responsable de la police. Les moniteurs agricoles sont à 7% des femmes, les agronomes communaux à 5%. Cela montre que les efforts déployés au sommet ne sont pas encore appliqués à la base.

C’est un énorme paradoxe quand on sait que la femme représente 51,10% de la population, selon les statistiques du dernier recensement général de 2009.


Mettre sur pieds des dynamiques favorisant le changement

140701 Faire des activits socioconomiques

Faire des activités socioéconomiques
de 
la femme un outil de son
empowerment.

La FONCABA a démarré la mise en place des dynamiques locales au niveau de la base. En guise d’illustration, elle soutient son partenaire "Jeunesse- Providence- AGAKURA" dans un projet qui permettra à des couples paysans des Communes de Makebuko et d’Itaba au Burundi de travailler la terre et de construire ensemble leur habitat en dur. Cette dynamique permettra à la fois à la femme et l’homme de trouver ensemble les solutions à leur problème. A la longue, grâce à ce projet, c’est la dynamique de la parité du genre qui sera déclenchée: graduellement, la femme deviendra une partenaire égale à l’homme. 


S’attaquer aux défis structurels

Il existe des défis structurels qui entravent la représentation de la femme aux instances de décision. Ces défis sont à chercher dans le système électoral des partis et dans l’esprit de fonctionnement et de nomination inhérent à chaque parti politique.

Etant donné que les candidatures indépendantes ont peu de chance de remporter le scrutin, les élections sont surtout une affaire de partis politiques. Ce sont eux qui désignent les candidats. Les femmes doivent s’intégrer dans ce milieu fortement dominé par les hommes.

Même si certains partis politiques font des efforts remarquables en soutenant des candidatures féminines, ils peuvent faire d’avantage en inscrivant plus de femmes sur leurs listes électorales. Ils peuvent aller au delà des minimas prescrits par la loi en la matière puisque la femme burundaise représente un réservoir électoral très important.

Comme les candidats indépendants ne bénéficient pas de l’appui des pouvoirs publics en matière logistique, technique et financier, la femme devient d’office défavorisée dans la course électorale car son pouvoir économique reste généralement inférieur à celui de l’homme. 


Dépasser les contraintes socioculturelles

Souvent, une femme qui veut participer à la politique doit concilier la vie familiale, l’activité professionnelle et la carrière politique dans laquelle elle se lance. En outre, elle doit affronter les préjugés culturels.

140701 Lever les barrires socioculturelles
Lever les barrières socioculturelles pour
permettre à la femme d’aller de l’avant
et de devenir l’égal de l’homme

La femme burundaise qui veut faire carrière en politique a besoin de l’accord de son mari pour ne pas mettre en danger son foyer. Et sans foyer, son image est ternie auprès de son électorat et elle court le risque de se voir qualifiée de "dévergondée".

C’est ce genre de jugements subjectifs qui prime souvent au lieu de juger ses compétences et ses promesses électorales. Ainsi, elle est perçue en fonction de sa beauté physique, parce qu’on l’a vu souvent avec des hommes, parce qu’elle gère bien son ménage, parce qu’elle est mariée, répudiée par son mari ou veuve.


On remarque cependant qu’il y a une évolution. De plus en plus, la femme franchit certaines "barrières" culturelles sans que les hommes en soient beaucoup choqués. Elle s’exprime en public et participe activement dans des fora politiques. Beaucoup d’hommes n’ont plus peur que le courage et la

140701 Les filles effectuent beaucoup de travaux mnagers
Les filles effectuent beaucoup de
travaux 
ménagers et sont précocement
actives dans 
l’économie familiale. Cela
handicape
souvent sa scolarisation

ténacité de la femme engagée en politique "intoxique" et "corrompe moralement" les autres femmes en les rendant ouvertes et indépendantes d’esprit.

Ces "règles" culturelles sont surtout enracinées dans l’analphabétisme qui touche les femmes plus que les hommes. La FONCABA soutient des initiatives d’alphabétisation et de formation pour permettre aux femmes d’acquérir des connaissances leur permettant de briser leur ignorance. Elle appui des projets pour améliorer leur production agricole, d’augmenter leurs revenus et de revendiquer leurs droits. 

Nécessité d’un cadre juridique plus incitatif 

Au Burundi, l’amélioration de la représentation de la femme en politique est un processus en cours d’avancement. Les lois en vigueur encouragent cet avancement, mais ne sont pas encore assez précis sur les quotas alloués à chaque genre.

En amont, il faudrait mettre sur pieds une loi qui oblige chaque parti politique à se plier à l’équilibre homme-femme dans les candidatures lors des élections. En aval, la législation doit aussi être claire sur cette question au niveau du gouvernement, de l’Assemblée nationale et de l’Administration.

La société civile burundaise sensibilise la femme avec des actions de proximité sur son rôle dans la participation dans la vie politique.

La sensibilisation doit aussi toucher les hommes pour qu’ils acceptent d’ouvrir l’arène politique aux femmes. Ces dernières doivent aussi s’investir et revendiquer le rôle de premier plan pour défendre des idées fortes et novatrices et pour porter loin le message des autres femmes.

Erick-Bayard Rwantango
Collaborateur FONCABA