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"Nos champs peuvent produire la même nourriture qu'on vient nous donner"
voedseliseenrecht-3Avec un accroissement démographique important (3,3 % par année), il se trouve toujours et davantage des bouches qui se disputent une nourriture qui diminue. L'écart entre la démographie et les vivres disponibles se creuse chaque jour, en plus de la baisse continuelle du revenu. La dépendance alimentaire des pays étrangers survenue depuis les dix dernières années est désormais devenue structurelle. La production alimentaire locale est anéantie par des taxes inimaginables et des ponctions multiformes des agents de l'état et des policiers. Il y a un manque de volonté politique de faire respecter la loi alors que le volume des importations de nourriture augmente chaque jour.
Or, les populations ont droit à disposer d'une nourriture suffisante, variée et en permanence. Pour cela, il lui faut la terre pour cultiver, ainsi que les autres facteurs nécessaires à la mise en valeur de celle-ci. Le droit à la nourriture ne passe nullement par la distribution des vivres. Les paysans du Sud-Kivu s'en plaignent. Au cours d'une réunion des producteurs d'oignon à Mudaka, Munda Paul, a déclaré que: ''... Ces gens qui nous amènent de la farine de maïs et de haricot nous font reculer... Certains pensent qu'ils peuvent sortir de la famine en se faisant inscrire sur les listes des distributions alors que nous avons des champs qui peuvent produire la même nourriture qu'on vient nous donner... Pourquoi ne nous donnent-ils pas l'argent qu'ils dépensent pour acheter ces vivres en nous demandant de l'utiliser pour les produire ici ? Ces gens ne veulent pas que nous sortions de la misère ; ils veulent que nous restions sous leur dépendance''.

Les multinationales occupent des terres des paysans
voedseliseenrechtLe droit à la nourriture pour les populations des villages du Sud-Kivu, c'est la possibilité pour chacun de la produire ou de l'acheter par ses propres moyens, de l'avoir à tout moment, en tout temps et en tout lieu, de produire suffisamment pour soi et pour le marché pour avoir des revenus et faire face aux autres besoins. Ce droit ne pourra être réel que lorsqu'on décidera de faire réellement vivre les villages et les villes. Les villages sont de plus en plus désertés parce qu'ils n'offrent plus les conditions d'une vie idéale. Les paysans qui restent cultivent des terres sans aucune garantie, car l'accès à la propriété est difficile, voire impossible, à cause des coûts exorbitants et des procédures longues et décourageantes. Cette insécurité dans la propriété favorise les gros propriétaires et les multinationales minières et agricoles qui peuvent, à tout moment, s'établir avec des titres et des droits, au nom de la loi selon laquelle le sol et le sous-sol appartiennent à l'Etat. Entretemps, des familles entières peuvent être délogées des terres ancestrales qu'elles occupent depuis plusieurs générations.