Index de l'article
Est de la RD Congo: Les défis de la paix

Une accalmie tant attendue
Après de longues années d’insécurité et d’affrontements, une page semble être tournée. Le groupe armé rebelle M23 semble être neutralisé.
Cette neutralisation est suivie par l’engagement Ses leaders se sont engagés à abandonner définitivement la lutte armée et à se transformer en un parti politique. La population congolaise est dans l’euphorie. Elle n’est pas habituée à ce que les FARDC (armée congolaise) remportent la moindre victoire. Avec la fin des hostilités, une lueur d’espoir de paix apparaît à l’horizon. La Communauté internationale semble décidée à mettre un terme à l’existence des bandes armées et elle fustige les pays qui soutiennent activement ces bandes armées. Ainsi l’ONU a-t-elle décidé de mettre plus de moyens opérationnels, notamment la brigade chargée de traquer ces bandes armées, avec l’appui des drones qui surveillent la frontière. Le gouvernement congolais semble aussi avoir compris qu’il faut mettre sur pieds un commandement plus opérationnel et plus intègre.
La fin de la guerre?
![]() |
|
| Patrouille mixte FARDC et Casques Bleus à Mbwavinya, Nord-Kivu |
Le gouvernement de la RDC et le M23 ont signé des documents qui concluent leurs pourparlers qu’ils avaient commencés en décembre 2012 à Kampala. Raymond Tshibanda N'tunga Mulongo, ministre congolais des Affaires étrangères, prend acte de la déclaration du M23. Il annonce sa détermination à faciliter le M23 dans la mise en pratique de son engagement et à lancer un programme de démobilisation, de désarmement et réinsertion sociale des anciens rebelles. Le Programme de Stabilisation et de Reconstruction des Zones sortant des conflits armés (STAREC) sera réactivé. Il présentera également au Parlement un projet de loi d’amnistie pour les combattants du M23. Le gouvernement a été clair que cette amnistie ne concerne pas les combattants impliqués dans les crimes de génocide, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, le détournement de deniers publics, l'enrôlement d'enfants soldats, les violences sexuelles. Cette mesure devrait concerner aussi les éléments des FARDC qui seraient impliqués dans ces crimes pour qu’ils ne soient pas à l’abri des poursuites,. Ce n’est n’est pas mentionné dans le document gouvernemental.
![]() |
| La paix, la sécurité et les droits humains sont une garantie nécessaire pour que les déplacés de guerre rentrent chez eux et vaquent à leurs occupations |
La communauté internationale devrait sanctionner les individus et les pays qui soutiennent les rébellions. Elle doit aussi appuyer des initiatives locales de paix dans les territoires éprouvés par la guerre pour les stabiliser et construire la paix. La FONCABA n’a pas attendu et a déjà bouclé un projet de construction de la paix avec 4 partenaires au Sud-Kivu. Elle s’apprête à lancer un autre projet d’éducation à l’action citoyenne en faveur de la décentralisation et de la gouvernance dans la même région.
Actuellement, l’euphorie liée à la neutralisation du M23 cache une réalité. Si la victoire des FARDC a boosté le moral des militaires congolais et réhabilité la confiance de la population en son armée et en la MONUSCO, ce n’est qu’une bataille de gagnée et non pas la guerre. En effet, il y a encore des groupes armés à neutraliser, notamment
les FDLR, les ADF-Nalu et des Maï Maï.
Ainsi, il y a des affrontements qui sont encore en cours avec les ADF-Nalu. Beaucoup de familles fuient par milliers la situation d’insécurité. Elles doivent alors survivre dans
des conditions précaires, souvent sans aucune assistance, sans nourriture et dans des conditions hygiéniques tellement alarmantes qu’elles se retrouvent exposées à des maladies. Des massacres et des enlèvements s’en suivent aussi.
Suite à la neutralisation du M23 et la poursuite des autres groupes armés, le Nord Kivu a enregistré la reddition d’environ 2000 ex-combattants issus de plusieurs rébellions. Ils ont été accueillis dans des centres qui ne sont malheureusement pas suffisamment équipés pour subvenir à leurs besoins d’eau potable, de latrines et d’hygiène. Ainsi, les ex-combattants sont exposés à des maladies.
Mais à peine défaite, le M23 serait entrain de se reconstruire . Selon Martin Koebler, Chef de la MONUSCO, le M23 est entrain de recruter des jeunes gens au Rwanda
pour recommencer la guerre. Des individus armés que la population croit être des combattants du M23 auraient déjà échangé des tirs avec des éléments des FARDC.
Et que dire des combattants des groupes armés qui se rendent aux FARDC ou à la MONUSCO sans leurs armes. A quoi serviront les armes qu’ils ne présentent pas?
Quelques signes de la paix
![]() |
sss |
|
Des jeunes filles chantent lors d’un |
La population retourne chez elle en confiance à cause de la présence des FARDC et des éléments de la MONUSCO qui ont sécurisé les villages.
Quelques activités économiques reprennent: les marchés reprennent leur rythme progressivement, comme celui de Goma Virunga. Malgré les relations tumultueuses au sommet entre le Rwanda et la RD Congo, on observe la reprise des échanges entre les populations rwandaises et congolaises: les vendeuses de fruits et de légumes du Rwanda traversent la frontière pour aller vendre leur récolte au grand marché de Goma Virunga au Congo. Des ouvriers rwandais reprennent le chemin vers le Congo pour chercher du travail et gagner leur vie. Des petits commerçants congolais entrent au Rwanda pour vendre souliers, vêtements et autres petits matériels au marché de Gisenyi. Ils reviennent avec des denrées alimentaires qui font défaut à l’Est de la RDC.
Des stigmates de la guerre persistent
Les dégâts liés à la guerre requièrent la reconstruction. Beaucoup de maisons et d’infrastructures ont été détruits lors des affrontements, lors des chasses à l’homme ou par punitions aux habitants qui ne se soumettaient pas à l’autorité du M23.
Dans certains endroits, la sécurité n’est pas entièrement garantie à cause de la présence de miliciens ou de voleurs. Dans les zones qui ont été touchés par les affrontements, les activités agricoles n’ont pas encore repris: Le M23 aurait laissé des mines dans les champs et des villages périphériques de la ville de Goma. Depuis la réouverture des écoles, certains parents hésitent à envoyer leurs enfants à l’école non seulement par traumatisme, mais aussi par peur des mines laissées par les combattants du M23. Cette situation prévaut surtout dans les villages de Kibati et Kanyaruchinya. Le déminage demande beaucoup de patience et prend une longue période. Entre-temps, la sécurité alimentaire reste menacée pour longtemps.
En outre, la méfiance est perceptible dans certaines communautés. Les habitants qui ont fui l’occupation du M23 et qui retournent dans leurs communautés traitent ceux qui sont restés de traîtres et de "collabos". Une pacification des esprits est nécessaire pour ressouder le tissu social. C’est le défi de la réconciliation.
Erick-Bayard Rwantango,
Collaborateur FONCABA à la Gestion des Projets et des Bourses.
Article rédigé à partir des informations de Radio Okapi, la MONUSCO,
International Crisis Group et la Page Facebook des FARDC.









