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Droit à l'alimentation:
L'abondance tropicale: Un paradoxe

Champ mari-femme

La nature verdoyante est pleine de
plantes dont les feuilles sont
consommables

Sous les tropiques, les feuilles vert foncé de la nature ont une grande valeur nutritive. La plupart de ces trésors naturels restent encore méconnus. La protection de l’environnement et sa biodiversité se trouvent donc au cœur des solutions de la malnutrition.

Le Père Léo Duvieusart, ancien missionnaire jésuite en RD Congo (diocèse de Kikwit dans le Sud-Bandundu, à partir de fin 1960 et revenu en Belgique en mai 2011) a exercé  une activité  dans la vulgarisation agronomique à la base par son livre : "Initiation à l’agriculture et à la botanique", éditions Loyola à Kinshasa. La FONCABA partage quelques notes prises de ses recherches, plus que jamais d’actualité en cette décennie de vingt et unième siècle.

Une des manières de défendre le droit à l’alimentation, c’est de faire connaître certaines plantes disponibles quasi gratuitement sous les tropiques, mais qui ne sont pas couramment consommées partout. De fait, dans certaines tribus, c’est parfois dû aux interdits alimentaires ou à l’ignorance alors que dans d’autres, elles sont largement consommées.

Le paradis tropical de légumes inconnus'

En réalité, ces interdits traditionnels s’estompent dans les villes où des personnes de tribus variées vivent ensemble. Elles ne sont plus assujetties au contrôle des gardiens de la tradition. Une fois de retour au village, des citadins ont tendance à continuer les habitudes alimentaires acquises en ville. Cette ‘rurbanisation’ (comme beaucoup l’appellent) peut favoriser la consommation de nouvelles variétés d’aliments jusque là inconnues par leurs communautés.


Des trésors naturels en vert foncé 

Odette MRuboneka copy

Au Sud-Kivu, une femme dans un
champ de courgettes et de
colocases, des feuilles qui sont
aussi consommées au Burundi

En général dans les pays pauvres, le taux de mortalité infantile et très élevé pour des enfants âgés entre 6 mois à trois ans. C’est dû au fait que pendant les six premiers mois, l’allaitement maternel fournit, en général, tous les éléments nutritifs nécessaires à l’enfant. Par après, c’est de moins en moins le cas, du fait que l’enfant est progressivement habitué à manger l’intégralité de ce qui sera sa nourriture d’adulte.

Des feuilles à haute valeur nutritionnelle

Les légumes-feuilles de couleur vert foncé sont très riches en protéines, en vitamines diverses et en minéraux tel que du fer, du calcium, etc. Ces éléments sont essentiels aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants âgés de moins de cinq ans qui se trouvent dans une période spécialement dangereuse pour eux et à tous les jeunes en croissance. Pour fournir ces éléments, les produits d’origine animale sont indiscutablement  meilleurs que les légumes (feuilles).

Au Burundi, la population consomme 
couramment des feuilles de quelques plantes telles que les haricots, les courges, le manioc, la colocase. Mais la consommation des feuilles de patates douces n’est pas courante. Elle reste encore inconnue sur les collines alors que la culture de la patate douce est répandue dans tout le pays."
                Erick-Bayard Rwantango

Par contre,  ils sont beaucoup plus chers que les feuilles de légumes. Des pauvres n’y ont pas accès facilement. Mais, 300 ou 400 gr de feuilles de légumes gratuites ou très bon marché fournissent autant de ces bons éléments que 100 gr de ces produits d’origine animale.  


Pour la cuisson, les feuilles de légumes demandent beaucoup moins de temps que des graines de  haricots

secs par exemple. Il est même conseillé de ne pas les cuire très longtemps pour conserver leurs éléments nutritifs. Dans les villes, le combustible devient de plus en plus rare et cher. Le combustible constitue une part importante du budget de l’alimentation et cuisiner des légumes devient dès lors bénéfique.

 Les feuilles de haricot, de niébé, de patate douce et de néverdier: un régal !

151012 Champ de nib

Un vaste champ de niébé dont les
feuilles constituent une bonne
nourriture

Les haricots niébé sont très largement consommés pour leurs grains secs. Leurs feuilles sont consommées dans certaines cultures. La patate douce, contrairement à ce que son nom indique, n’est absolument pas de la famille de la pomme de terre. Alors que les feuilles de pommes de terre contiennent une substance mortelle, non détruite par la cuisson, les feuilles de patates douces sont parfaitement comestibles et sont riches pour l’alimentation.


Sous les tropiques, certaines plantes  cultivées pour leurs fruits ou leurs graines,  ont aussi des feuilles consommables. Ce n’est pas le cas dans les climats tempérés. Dans nos pays en Europe, il n’y a pas, d’arbres dont on puisse cueillir les feuilles et les manger crues directement comme on peut le faire pour le néverdier (moringa olifeira pour les botanistes). On ne mange pas non plus les feuilles de haricots comme on peut le faire pour le niébé sous les tropiques. De fait, chez le néverdier et le papayer ; les jeunes feuilles, les graines ou les fruits sont très riches en éléments nutritifs. Ils sont consommés crus ou légèrement cuits. Le néverdier est aussi appelé ‘arbre miracle’ pour ses vertus diététiques, médicales et agronomiques.

Soupes d’orties et salades de pissenlit, modèles !

En Europe occidentale, s’il arrivait encore des restrictions alimentaires que les pays ont connues pendant la Seconde Guerre Mondiale, les gens ne manqueraient pas de consommer de nouveau les soupes d’orties ou des salades de pissenlit. Dans les pays victimes de famine et de kwashiorkor, on pourrait aussi utiliser des plantes locales équivalentes des orties et des pissenlits.

En général, la "boule nationale" à base de manioc ou de maïs est le plat principal en Afrique sub-saharienne.  Si la quantité de farine de manioc ou de maïs  disponible est insuffisante, une bonne quantité de légumes feuilles peut aussi fournir un complément utile de calories, comme on le constate dans les périodes de famine.

Ne peut-on pas dire au sujet de l’accompagnement que, les adultes recherchent une base pour des épices qui donnent du goût à la pâte et pas tellement la quantité. Alors que les enfants qui ne supportent pas la nourriture trop épicée, y trouvent une quantité suffisante  de légumes conformes à leurs besoins, leur goût et à leurs petites dents.

Textes  de P. Léo Duvieusart, sj.